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Quand les Ateliers Loire s’invitent au Louvre...

Mercredi 27 janvier 2010 s’est tenue l’inauguration de « L’esprit d’escalier », un décor créé au musée du Louvre pour l’escalier Lefuel. Les vitraux créés par l’artiste François Morellet ont été réalisés par les Ateliers Loire, Entreprise du Patrimoine Vivant labellisée depuis le 2 septembre 2008.

Grande famille de maîtres verriers situés à Chartres, les Ateliers Loire perpétuent depuis 1946 un savoir-faire unique enrichi de nombreuses innovations techniques.

 

Nous avons interrogé Bruno Loire, en charge du chantier dans l’entreprise, pour en savoir plus sur la réalisation de cette œuvre qui représente une des premières commandes publiques importantes de vitraux pour un édifice civil.

 

- Comment avez-vous obtenu ce chantier prestigieux ?

 

Depuis 1986, nous avons ouvert l’atelier aux artistes pour la réalisation de leurs travaux monumentaux. Par exemple, nous avons collaboré avec le peintre italien Valerio Adami pour réaliser à Paris une fresque pour le foyer du Théâtre du Châtelet, ainsi que des tableaux monumentaux pour la salle des Pas perdus de la gare d'Austerlitz.

 

J’ai rencontré François Morellet, artiste peintre, graveur et sculpteur, en 1991 dans le cadre de la réalisation d’un rideau de scène du théâtre Gérard Philipe. Puis en 1995, nous avons travaillé ensemble en Allemagne sur plusieurs chantiers en tôle émaillée. Alors, quand le Louvre a proposé en 2006 à François Morellet de travailler sur l’escalier Lefuel, qui relie trois départements du musée, et sur ses verrières, c’est tout naturellement qu’il s’est tourné vers nous.

 

 


- Pouvez-vous nous décrire la participation de votre atelier à ces réalisations ?

 

L’artiste a apporté son projet artistique, et nous, l’expertise au plan technique. Nous étions 6 personnes dans l’atelier à travailler sur ce chantier.

 

En fait, ce projet a mis trois ans à se concrétiser. Au printemps 2006, nous avons commencé nos recherches pour déterminer les matériaux (verre et plomb), et la technique de réalisation à mettre en œuvre. De plus, la conception de l’éclairage par une société spécialisée a été complexe car il s’agissait dans le musée de lumière artificielle.

 

Notre travail a consisté à trouver les matériaux et les techniques qui permettrait à l’artiste de rendre lisible son projet. Cette longue phase de mise au point avec essais au musée du Louvre de différents types d'éclairage et de verre (nous avons fabriqué une baie d’essai en 8 panneaux), fut un préalable indispensable à la réalisation qui n’a commencé qu’en juin 2009.

 

Une fois la phase d’essais validée, et après un relevé précis des dimensions des baies et des ferrures, nous avons fabriqué avec l’artiste les « cartons », c’est-à-dire les dessins des vitraux grandeur d'exécution. Ce document artistique et technique nous confronte aux réalités des dimensions. Ainsi François Morellet a du modifier légèrement ses maquettes en fonction des contraintes techniques.

 

 

 

Puis les ateliers ont entièrement pris le relais, avec notre savoir-faire manuel très spécifique. Les verres dépolis et plaqués ont été travaillés, découpés au millimètre près grâce à des instruments traditionnels, puis ont été trempés pour des raisons de sécurité.

 

Un premier assemblage pour une mise en place provisoire au Louvre a permis de vérifier les dimensions et formes des panneaux ainsi que les raccords du graphisme de plomb. Les corrections nécessaires ont ensuite été faites en atelier après dessertissage des vitraux. Tout a du aller très vite en atelier. C’est toujours un peu frustrant : 3 ans de mise au point et 6 mois à peine de réalisation!

 

La pose définitive des vitraux s'est terminée en janvier 2010. Elle a également été faite de façon traditionnelle, à bain de mastic dans les fines feuillures des armatures en acier du 19è siècle.

 

 

 

- Quels ont été les principaux challenges de ce projet ?

 

Une des particularités a été l’extrême précision de cette réalisation, sachant que nous devions composer avec une structure métallique existante. Il y avait peu de feuillures, donc peu de jeu pour caler les vitraux. En effet, à partir des baies originales, il fallait conserver les ferrures anciennes, ce qui exigeait une grande rigueur dans notre travail.

 

Les deux difficultés spécifiques ont été les contraintes d’éclairage artificiel et la sécurité du public. L’éclairage est fondamental dans notre travail car le vitrail ne prend son sens que traversé par la lumière. Or l’escalier au Louvre ne bénéficiait d’aucune fenêtre sur l’extérieur. François Morellet a opté pour une lumière artificielle, proche de celle du jour. Nous avons d’abord travaillé à l’atelier en lumière naturelle, et tout le challenge était d’avoir le même rendu avec une lumière artificielle. Nous avons échangé longuement avec l’artiste sur les types de verre à poser. Les tests de lumière ont été décisifs pour redonner de l’éclat à cet escalier.

 

 

L’autre contrainte que nous avions était l’exigence de sécurité des visiteurs demandée par le musée du Louvre. Les verres ont donc été trempés pour être « sécurisés ». Résultat : ils sont cinq fois plus solides aux chocs mécaniques, et en cas de casse, se fragmentent en petits morceaux qui ne peuvent blesser les visiteurs. Pour cette étape, il a fallu trouver une entreprise capable de tremper ce type de verre, ce qui n’était pas évident car nos verres étaient atypiques et de petite dimension.

 

- Avez-vous apprécié de collaborer avec un artiste ?

 

François Morellet est un artiste avec qui j’ai beaucoup d’affinités et d’affection, c’est un plaisir à la fois artistique et humain de collaborer avec lui sur ses projets. De manière générale, j’aime beaucoup travailler avec des artistes, car c’est une expérience très enrichissante, où chacun apporte sa pierre à l’édifice, avec sa créativité, ses souhaits, etc. De notre côté, nous essayons de donner nos contraintes techniques, de trouver les bons matériaux et les procédés pour que l’œuvre finale corresponde au projet que l’artiste avait au départ mis sur papier.

 

Nous venons ainsi de travailler avec un autre artiste, Kim En Joong, pour réaliser les vitraux de la Basilique Saint-Julien de Brioude, et avons utilisé les techniques de peinture sur verre.

 

Pour en savoir plus sur cette entreprise, allez voir la fiche qui leur est consacrée sur le site


09 Mars 2010