Entreprise du Patrimoine Vivant Entreprise du Patrimoine Vivant


Dryade Créations, la plaisance classique a le vent en poupe.

Ne demandez pas à l’entreprise Dryade Créations le pourquoi de leur implantation en Franche-Comté.

Cette entreprise, spécialiste des poulies marines et de l’accastillage bronze revendique son identité terrienne, les pieds dans les champs, Dryade, la nymphe des Bois et des forets dans la tête,  et les mains au service de la mer. Leur origine comtoise n’empêche pas tous les membres de cette entreprise familiale - (Monique, diplômée des Beaux Arts, en architecture et sculpture, Sylvain, ébéniste de formation, spécialiste du gréement, de l'accastillage au pouliage et Jean Lou, diplômé de l’encadrement de la voile, en charge des réalisations spéciales) - de savoir naviguer au milieu des vieux loups de mer de méditerranée et d’ailleurs.

 

 



Nous avons interrogé Christian Terreaux, architecte de formation et gérant de Dryade Créations pour qu’il nous fasse découvrir son entreprise qui intervient sur les voiliers de cette belle plaisance dite classique.

 

- Présentez-nous votre entreprise en quelques mots, quelle est votre spécialité ?

 

Notre première entreprise (toujours en place) est celle d’un bureau d’étude d’architecture et d’Urbanisme dans les espaces terrestres, proposant des services de conception et de maîtrise d’œuvre. La passion pour les bateaux classiques a permis de prolonger les études sur l’architecture de gréement. Le gréement ce sont toutes les parties du bateau situées au dessus du pont, la mâture et les espars, La voilure, les cordages et les poulies bien évidemment. Cette activité d’étude nous permet de nous assurer que toutes les interventions sur le bateau, celles des architectes, charpentiers, gréeurs et voiliers seront harmonieuses en les concevant en  amont.

 

 

Les restaurations sont réalisées d’après des documents nous permettant d’avoir une idée de la conception du bateau original.Nous étudions aussi perpétuellement de nouveaux concepts, des développements plus modernes et nous intéressons de près à l’usage de hautes technologies. Cela nous a permis de ne pas nous limiter aux restaurations mais également de travailler sur des voiliers contemporains.

 

Parallèlement nous concevons, dessinons et réalisons de nombreuses pièces de gréement telles que les colliers de mâts, les ferrures diverses des espars d’une manière générale, (longues pièces de bois pouvant servir de mât, de baume ou de vergue - NDLR). Nous concevons et réalisons également les embouts avant et arrière des bômes et des pics, ces espars horizontaux sur lesquels sont « enverguées » les voiles. Nous assurons les finitions et le positionnement de l’accastillage des espars ou du pont, ainsi que diverses pièces sur mesure. Les chapes et les réas, qui sont des éléments ds poulies répondent à tous les critères de qualité et de résistance exigés pour la mer et nos bateaux. Les poulies de la marque Dryade sont connues et reconnues depuis près de quinze ans par les partenaires de la Plaisance Classique. Notre entreprise a pu se poser comme une référence grâce aux interventions sur le gréement des plus beaux bateaux sillonnant les mers du Globe.

 

- Un même bateau demande donc l’intervention de différents corps de métiers ?

 

Absolument. Nous intervenons fréquemment en équipe partenariales d’artisans. Ces pôles de compétences constitués à l’occasion d’une restauration d’envergure permettent d’assurer la cohérence nécessaire à la réalisation de la charpente du bateau, aux interventions sur la coque, ou encore aux aménagements du pont et des pièces en bronze qui participeront aux manœuvres sous voile. Nous travaillons également avec des gréeurs qui se chargent de la réalisation du gréement dormant (câbles et pièces d’accastillage qui assurent le tenue du ou des mâts) et du gréement courant (poulies, cordages, pièces diverses,…) d’une manière générale, l’ensemble des éléments qui permettent d’établir la voilure et d’assurer ses réglages.

 

 

 

Ce sont des bateaux complexes sur lesquels nous intervenons. Ils ont souvent été construits à l’unité. Il faut parfois remplacer les pièces défectueuses, celles qui ont disparues ou qui ont été détériorées par le temps et qu’il nous faut parfois quasiment réinventer, ou du moins tenter de redessiner dans l’esprit des conceptions originales. C’est pour cela que nous sommes heureux de pouvoir travailler avec d’autres chantiers navals ou d’autres artisans, spécialisés dans une autre activité que la nôtre. Un projet ne se conçoit et ne se mène à bien, qu’avec une relation directe avec le propriétaire et qu’en collaboration étroite entre les différents intervenants techniques.

 

- Vous devez lier l’esthétique et le fonctionnel, allier votre connaissance de la mer et votre savoir-faire d’artisan ?

 

Je crois que l’essentiel est de se souvenir que les bateaux sur lesquels nous intervenons ont quelque fois plus d’un siècle et que l’esthétique d’hier n’était pas celle d’aujourd’hui. L’esthétique que j’appellerai « Art de la Courbe », qui relève du savoir-faire de l’artisan et très différente de celle dite industrielle de masse. Sur ces voiliers uniques dont nous parlons, le bon goût côtoyait l’efficacité. C’est cet équilibre qu’il nous faut redécouvrir. Ce sont les aspects fonctionnels et techniques que notre siècle peut permettre d’améliorer grâce aux matériaux, aux nouvelles technologies et aux micro-techniques dont nous disposons aujourd’hui. Il convient cependant de respecter les notions de patrimoine et d’authenticité. Dans notre démarche et dans notre travail, c’est une réflexion de tous les instants pour n’apparaître ni figé, ni iconoclaste !

 

 

 

- Avez-vous eu des demandes hors du commun ?

 

Je pense que la renommée de Dryade Créations a dépassé la structure de l’entreprise. Beaucoup de nos clients croient que nous sommes une multinationale en voyant l’ampleur des chantiers de voiliers prestigieux où nous avons la chance de travailler. Je ne saurais tous les nommer. Nous avons travaillé pour la Couronne d’Espagne avec Hispania (1909). Aile VI est un bateau 8 mètres Jauge Internationale (8mJI) qui a permis à Virginie Hériot de remporter les JO de 1928.  Philippe Monnet, qui a battu le record du tour du monde à l'envers en 2000 nous a confié les ferrures et pouliages de son Cœur Vaillant 1er avec lequel il privilégie des navigations plus raisonnables et contemplatives. Nous avons  aussi des chantiers plus insolites comme Bella Lucia qui est un ancien bateau de travail de 1881, pailebote traditionnels des îles Canaries pour qui nous avons réalisé la barre à roue, plus de 200 poulies et de nombreuses ferrures et pièces d’accastillages. La colonne de barre à roue avec  habitacle du compas pour Eléonora (goélette de 42 m, réplique de Westward 1910) a nécessité un travail méticuleux de recherches et de réalisations. Certaines pièces historiques qu’il convient parfois restaurer et de sauver demandent aussi beaucoup d’implication.

 

 

 

Notre dernière intervention était la restauration de Mariska (15 MJI), qui date de 1908. Ce magnifique voilier a pu naviguer de nouveau début septembre 2009 après une grande restauration effectuée par les Charpentiers Réunis Méditerranée. Ce bateau devait retrouver sa configuration d’origine pour reprendre les régates classiques. Nous avons eu la chance de réaliser l'ensemble de l'accastillage bronze et les poulies.

 

- Est-ce que le fait d’être une Entreprise reconnue en France est un plus pour votre clientèle ?

 

Il faut savoir que l’histoire de la plaisance classique possède un lien très fort avec la marine anglo-saxonne, allemande et française, mais de nombreux autres pays d’Europe et d’Amérique ont imaginé et construit des unités magnifiques entre 1850 et 1950. De nombreuses régates pour ces voiliers se déroulent en méditerranée.  Les labels décernés par la France ne sont pas encore très connus en tant que tels dans le monde ; en revanche le label Entreprises du Patrimoine Vivant est pour nous un indicateur de qualité et cette distinction nous permet de définir comme partenaires les entreprises l’ayant reçu. Les Charpentiers Réunis Méditerranée de la Ciotat ont entrepris les démarches dans ce sens. Nous travaillons également avec le Chantier Naval Gilbert Pasqui qui intervient sur les mâts et les espars en bois, Gilbert, qui est probablement autant un artiste qu’un artisan, est reconnu par tous dans son domaine ; son entreprise a également été honorée par ce label. D’autres, peu nombreuses cependant dans les domaines de la plaisance sont labellisées « Entreprise du patrimoine Vivant », le chantier du Guip, Marc Vuilliomenet et Hubert Stagnol sont parmi ceux-ci. Tous font un travail remarquable et ont en commun une passion pour leur métier.

 

 

 

L’ancrage territorial qui est l’un des critères pour l’accès au label d’Entreprises du Patrimoine Vivant est une valeur ajoutée indiscutable de notre entreprise. La Région de Franche Comté et son pôle des microtechniques revendique son implication dans les développements des marchés du luxe par le biais de l’association « Luxe & tech ». L’Arc jurassien est un haut lieu pour tout ce qui concerne les travaux de la filière Bois (ébénisterie, tournerie, tabletterie, etc. Notre installation en Franche-Comté est, curieusement, très bien perçue par nos commanditaires. Loin de la mer, de l’argent et des foules de la Côte d’Azur, nous avons fondé notre réputation sur le terroir et les savoir-faire d’excellence.

 

Pour en savoir plus sur cette entreprise allez voir la fiche qui leur est consacrée sur le site


11 Mars 2010